Blog de Patrick d'Humières

La leçon de politique écologique de Philippe Germa

21 septembre 2015

En juillet dernier, lorsqu’il s’est agi d’inciter les entreprises à s’engager dans un calcul interne du carbone  lors de la COP21, Philippe Germa était venu sans hésiter, chez Gecina , lancer le mouvement (cf. www. donner-un-prix-au-carbone.org). Directeur général de WWF France, Philippe Germa nous a quitté cet été dans des circonstances dont nous ne retiendrons que la symbolique : dédiée à la planète, sa vie a été reprise par la mer. Mais il nous reste ses enseignements.

Germa faisait partie de ces êtres rares, fidèles, déterminés, visionnaires, qui ont choisi, là où ils sont, de tricoter maille après maille, des petits progrès ponctuels qui font au final des grands changements collectifs. La conviction de Philippe Germa était que les solutions écologiques devaient se trouver aussi au sein de l’économie de marché, de l’entreprise, des acteurs économiques et non contre eux ou sans eux. Le raisonnement semble banal aujourd’hui  – encore qu’une grande partie du monde politique ne croit que dans la contrainte légale  – mais c’est oublier que le mouvement écologique s’est bâti par la dénonciation et non par le contrat. Quand il fallut lancer un organisme de gestion des emballages, avec le soutien de son Ministre, Brice Lalonde, Germa a su nouer une relation avec Antoine Riboud et mettre sur le rails Eco-emballage. Beaucoup d’autres initiatives pionnières dans l’économie environnementale suivront sous son impulsion, dont on retiendra notamment le financement des énergies renouvelables et la mobilisation de la finance carbone chez Natixis qui préfigurera l’émergence des green bonds. Il s’était dévouée récemment à la relance de WWF France pour que la démarche contractuelle qui caractérise cette organisation, en tant que dynamique d’échange – des progrès contre des collaborations – sans concession mais aussi sans préjugé, puisse se relancer et s’appliquer à de nombreux secteurs en attente d’impulsion, après que les ong aient vu leur représentation s’enfoncer dans une culture anti-business, génératrice de conflits et non d’avancées.

Philippe Germa nous a légué cette « martingale du mouvement » que nous garderons bien à l’esprit. Reste qu’il ne verra pas les travaux de la COP21 auxquels il avait œuvré, se souciant fréquemment de savoir comment mieux y associer l’opinion, sachant que le comportemental et le réglementaire sont les deux jambes indissociables de la mutation durable ;  si « la société a pris le pouvoir », encore faut-il que certains l’animent, et acceptent de prendre les coups…Philippe Germa a ouvert la voie difficile du partenariat public-privé constructif, au nom de l’intérêt collectif. En ce sens, il incarnait parfaitement cette fonction de direction du développement durable dont les entreprises ont tant besoin pour faire le pont avec la société et qui ne produit des changements que par la mise en commun des capacités internes et externes à l’entreprise, pour dépasser les systèmes usés.  Au moment où on s’interroge sur leur destinée (cf. 1° conférence de rentrée de la fonction DD organisée par IRSE le 22 septembre), nous sommes sûrs qu’il aurait partagé notre sentiment du moment : dépasser les  circonstances en reprenant confiance dans la force des initiatives simples entre personnes de bonne volonté, pour que la cause de l’économie durable finisse par l’emporter. Merci Philippe.

 

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