Blog de Patrick d'Humières

la suspicion est mauvaise conseillère…

29 mars 2016

Nous le savons, la France est un pays paradoxal ! L’agence de notation extra-financière allemande Oekom, a classé récemment les entreprises françaises parmi les plus engagées dans le monde en RSE. Cet satisfecit confirme le classement mondial du DJSI qui fait de la France le deuxième pays, derrière les Etats-Unis, ayant le plus d’entreprises performantes en RSE. Cette dynamique reconnue ne veut pas dire que tout va bien chez nous en RSE – bien des points posent encore problème – mais le progrès accompli est indéniable et d’autres notations le reconnaissent (CDP, Ethisphère, Global 100). Mais les députés ignorent cette situation. Ils traitent les grandes entreprises avec deux a-priori : nos entreprises mondiales ne s’intéresseraient pas aux enjeux des droits humains et à la lutte contre la corruption et quand elles le font, c’est de façon partielle ou insuffisante. Bref, il faut les contraindre et puisque la loi est l’arme ultime de l’élu, imposons « un devoir de vigilance ». Cette obligation de quelques élus de gauche inspirés par cette vindicte suscite depuis des mois l’ire des groupes concernés qui se sont sentis très culpabilisés, à tort. Personne ne nie le sujet dans cette mondialisation qui reste sauvage au bout du monde ; aucun entrepreneur n’entend fermer les yeux sur les discriminations ou le recours à la corruption quand c’est le cas. Une fois de plus, le problème est celui de la méthode. Si on avait voulu faire progresser la prise en charge des droits humains, il ne fallait pas brandir le fouet mais le contrat. Il fallait négocier un plan de progrès et de bonne volonté qui en quelques années aurait approfondi les méthodes engagées, aurait mis à l’épreuve les actions en place et discuté les voies de progrès souhaitables. On aurait fait œuvre de « management responsable » au lieu de se contenter de publier des cadres formels qui ne recouvriront pas forcément des actions réelles. On aurait pu tester un engagement collectif et créer une dynamique vertueuse. Les entreprises sont prêtes à jouer le jeu et la forme contractuelle est toujours la plus intelligente. En fait, l’intention des élus n’est pas vraiment de s’assurer du progrès réel de la lutte contre les discriminations : point d’observatoire, de période probatoire. Le but est de « se faire un scalp » en inventant une obligation à Paris, voulant croire qu’elle fera école dans le monde et que toutes les entreprises de la planète y seront obligées…par qui et quand, on n’en sait rien ! La démarche a été orchestrée par le CCFD qui a réussi à instrumentaliser des élus autour de cette idée simpliste – obligez et vous changez le monde et puisqu’on vise les grandes entreprises, elles ne peuvent être innocentes. Ce scénario est mortifère et destructeur de toute capacité de construction collective. C’est même le contraire de la RSE qui au-delà des principes légaux, existants – la France a ratifié la charte des nations unies sur les droits de l’homme et fait appliquer les principes ocde – consiste à créer des démarches de progrès collaboratives. On aimerait qu’au moment où les entreprises s’investissent de plus en plus dans la RSE, les élus fassent l’effort de comprendre de quoi il s’agit et ne se laissent pas aller aux vieilles lunes de la suspicion et de l’obligation. Mais incitent et encouragent. Le sujet ne serait-il pas d’abord la RSE de l’Etat par l’Etat ?

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