Blog de Patrick d'Humières MR21

la banque de france fait faire un grand saut à la rse

2 mai 2016

Présentée récemment à Nantes, au terme d’une longue expérimentation dans la région des Pays de Loire, la BDF vient d’annoncer qu’elle introduirait bientôt une dimension RSE, qualitative notamment, à sa cotation risque des entreprises à laquelle elle procède régulièrement, sur une base de 250 000 entreprises françaises, dont l’essentiel est constituée de PME. C’est une initiative exceptionnelle qu’il faut saluer, et ceci pour trois raisons.
 C’est le résultat d’une initiative de place, conduite à la demande d’acteurs engagés (CJD, entrepreneurs locaux…) qui a mobilisé les banques (FBF) en premier lieu ; ce n’est pas une initiative imposée, venant d’en haut et contraignant le bas !
 C’est une démarche longuement étudiée avec les entreprises concernées, avec des experts académiques (Audiencia), avec la profession des experts comptables et qui a été testé, discuté et appréhendé au final en termes d’avantages inconvénients.
 C’est enfin une consécration de la RSE comme variable de la performance des entreprises, notamment les petites, que des études comme celles de Patricia Crifo (France Stratégie) ont démontré sérieusement à partir de séries importantes.
En attendant de voir comment la RSE va être mesurée et comptabilisée dans l’enquête BDF, au travers de questions simples que les petites entreprises pourront renseigner aisément et leurs experts pourront certifier sans trop de recherches, en s’appuyant au maximum sur la comptabilité, financière et extra-financière, on peut s’interroger sur la portée de cette initiative.
Est-ce que l’extension sera générale, ce qui est souhaitable ? Est-ce qu’une pédagogie sera bien faite pour que cela soit perçu comme une prime aux entreprises engagées et non comme une contrainte de plus ? Et est-ce que les banques, voire les partenaires de l’entreprise pourront s’appuyer sur ces éléments pour crédibiliser les bons élèves, abaisser les coûts de transaction existants, en jouant le jeu de l’engagement de long terme des acteurs ? Est-ce que « les moins bons élèves » seront encouragés et non pénalisés, pour qu’ils aient envie de se responsabiliser. Les Banques locales ont proposé des prêts et de les « tutorer », ce qui n’est pas rien.
Il est rare qu’en France où la tendance est de tout « étatiser » et de tout « judiciariser », les acteurs définissent par eux-mêmes des améliorations souples, progressives et consensuelles. Cette innovation est donc à marquer d’une pierre blanche, preuve en est que la RSE des entreprises françaises correspond à une demande de fond de la part des entrepreneurs, qui veulent une relation positive avec le tissu social et qui sont prêts à se soumettre à un juge de paix objectif, quand il est sérieux et quand cela sert aussi l’économie territoriale. La proposition de la Banque de France tire vers le haut le management de nos entreprises (compétitivité hors coût) et fait de la relation entreprise et société un point fort de la résilience des entreprises, qui sont là deux effets de levier du sujet RSE. Merci d’avoir osé et aux acteurs d’accompagner sans crainte.

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