Blog de Patrick d'Humières

Alstom, décodage d’un cas qui remet la RSE sur le grill français…

14 septembre 2016
coradia

On ne peut s’empêcher de céder à l’émotion médiatique de prime abord quand on entend l’annonce de la fermeture d’un site industriel historique, attaché à la nation mais aussi à des réussites que connaissent tous les français. Et comment ne pas s’emporter quand on apprend qu’on transfert le savoir-faire de l’autre côté du Rhin, dans un contexte de désindustrialisation obsédant et tragique ! Une entreprise qui n’assume pas ces valeurs sociétales, s’il en est, ne peut être responsable….
Mais la RSE se limite-t’elle à la conservation de nos symboles, fussent-ils de liens sociaux respectables. Reprenons donc l’analyse rationnellement en n’omettant pas évidemment la dimension humaine et locale de l’enjeu puisqu’il s’agit bien au fond d’une contradiction à résoudre entre une logique de marché qui pousse économiquement au redéploiement des productions – que demandent légitimement les actionnaires, dont l’Etat mais aussi les salariés des autres sites et les clients – et une logique sociétale qui conduit à prendre en compte les attentes d’autres parties prenantes, salariés et collectivités, attachés à la situation particulière de Belfort. A priori, ce type de dilemme est le lot quotidien des groupes innovants qui doivent se transformer de façon continue et dont les meilleurs utilisent pour les gérer les outils de la gestion prévisionnelle de l’emploi, les programmes de formation et d’adaptation, mais aussi l’invention de nouveaux produits et les cessions de reconversion et pas seulement les pathétiques plans sociaux dont le message « prenez le chèque et bon débarras » est tout sauf responsable. Beaucoup de mutations ont été réussi sur ce modèle, plus nombreuses du reste que les échecs dont on parle effectivement, en écho aux laissés pour compte pour lesquels la négation de leur utilité est la vraie blessure. La première question qu’on veut poser à la direction d’Alstom est de comprendre pourquoi « le plan B » n’a pas été actionné lors de l’affaissement du carnet de commandes, pourquoi un accord social – Ah la France et son dialogue social !! – n’a pas été possible avec les partenaires sociaux et pourquoi il n’est pas possible d’apporter au site d’Alstom une perspective différerente, avec l’appui de la panoplie de partenaires à la ré-industrialisation dont la France possède une des plus grandes collections…Au nom de la RSE -théorique – la solution devait être trouvée et contractée entre acteurs concernés ; c’est « le job » d’une bonne entreprise que d’anticiper et d’adapter sa croissance aux risques de base !
Mais comme nous ignorons le dossier, nous ne nous permettrons pas de juger les uns et les autres – responsabilité oblige là aussi – considérant qu’ils savent tout cela et qu’on peut leur faire crédit d’avoir essayé…La question n’est donc pas de se demander si Alstom est responsable mais pourquoi la RSE n’a pas fonctionné dans un contexte accoutumé à ces tensions depuis des décennies ? Première réponse qui vient à l’esprit de tous : l’instrumentalisation d’une crise, pour aller chercher des contrats publics relais en faisant un chantage sur l’Etat, que s’apprêteront de revendiquer les vainqueurs ? Deuxième réponse possible : une absence de dialogue entre les parties locales qui ne se font pas confiance et qui ne s’entendent que sous la pression ultime, comme si l’emploi était un « totem » à s’arracher alors qu’il ne peut être qu’une composante à part entière d’une stratégie de long terme, anticipée, du rôle de l’entreprise et que la sphère publique doit faciliter et non perturber, surtout en arguant des exceptions aux règles de concurrence et de loyauté commerciale.
Au lieu d’ajouter à cette « théâtralité française », l’Etat ne se doit-il pas seulement de mettre les acteurs autour de la table avec l’obligation de réussir à s’entendre et de faire émerger une solution industrielle « durable » – le savoir-faire exceptionnel local ne peut-il servir à élaborer « le ferroviaire du futur « ? – Esprit de la RSE es-tu là ? Rappelons que la RSE n’est pas une recette mais une méthode, qu’elle n’est pas une obligation mais une possibilité et que ce n’est pas un dû d’entreprise mais le résultat d’une démarche partenariale, construite à plusieurs, entre acteurs qui partagent un objectif commun dont l’entreprise a la charge. Le drame français qu’il nous faudra bien résoudre urgemment est ce type de blocages qui privent les partenaires sociaux d’une capacité d’anticipation et d’action contractuelle, pragmatique. Alstom est le concentré d’un manque de maturité collective qui nous coûte très cher. Ne faisons pas de procès en responsabilité inutile mais recherchons de façon responsable collectivement les voies de l’industrie du 21°siècle qui sont à notre portée. Pays demande acteurs de bonne volonté pour pratiquer la bonne gouvernance : la France !

Vous aimerez aussi