Blog de Patrick d'Humières

La planète, la France et nous … On aura besoin des convictions d’Alain Juppé

7 novembre 2016
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La ratification de l’Accord de Paris, la mobilisation pour la COP22 autour des Marocains, les nombreuses collaborations public-privé qui se multiplient autour des ODD, sont autant de signaux très positifs qui permettent de penser que « le durable » rentre un peu plus dans la gouvernance des acteurs, ne laissant plus de côté que de rares « climato-regressifs » autistes ou cyniques. Laurent Fabius a raison de dire que « la question climatique est la mère de toutes les batailles », ne serait-ce que parce qu’elle permettra – ou non – de bâtir un nouvel ordre mondiale, faisant des enjeux communs la matrice d’une vraie communauté internationale. Voilà pourquoi l’élection présidentielle française est décisive pour prolonger le momentum initié à Paris. Mais, paradoxe français, ce sont parfois les mêmes qui ont permis des belles initiatives comme le Grenelle de l’environnement, qui manipulent ensuite des thèses malthusiennes inacceptables, préférant la tactique aux intérêts de nos enfants, embarqués malgré eux dans un monde à plus 5° C à la fin du siècle, si on continue comme cela.

De fait, faisons le tri entre les positions des futurs présidentiables français qui devront guider notre destin collectif dans une voie durable et n’ayons pas peur d’assumer les choix. Cela permet de considérer aisément qu’Alain Juppé est le plus à même d’incarner une démarche durable française. Rendons à Juppé ce qui lui revient d’abord: le Grenelle de l’environnement ce fut lui, avant que Jean Louis Borloo ne porte le chantier. Nous avions assisté à la séance où il avait invité les acteurs de l’environnement à se retrouver pour traiter les grands sujets, sans préoccupation d’arithmétique électorale. Je me souviens aussi d’une conférence tardive dans une école parisienne où seul sur la scène pendant deux heures, il expliqua patiemment aux enfants et parents pourquoi il ne fallait plus acheter des cerises en hiver, pour reprendre un de ses livres consacré à la crise écologique du monde. Je me souviens aussi d’un Alain Juppé qui fut le seul à s’inquiéter de la mise en application de loi Grenelle 2, malmenée à l’Assemblée par une majorité conservatrice et recalée au Sénat sur des points majeurs ; il s’intéressa à l’information extra-financière étouffée à Matignon par François Fillon, auquel les organisations professionnelles avaient passé commande de tout bloquer. Le Ministre des Affaires Etrangères fut le seul à prendre son téléphone pour sauver le texte. Les convictions durables du Maire de Bordeaux ne sont pas à démontrer non plus, pour qui a vu sur place l’ampleur de la transformation urbaine engagée pour changer des friches en BBC, repenser avec la population une ville musée pour en faire une ville durable dans toutes ses dimensions. Bien plus, le durable selon Juppé est évidemment un moyen démocratique et non un outil technique imposé, pour servir la finalité politique du mieux-vivre-ensemble. Qui dit mieux sur la scène française actuelle, alors qu’il faudra beaucoup de force pour garantir la mise en œuvre de l’Accord de Paris et surmonter la tentation de dire « ça suffit », sous la pression des enjeux d’emploi et de croissance, dont la criticité n’échappe à personne. Si on a compris que le durable est le levier innovant pour faire échapper les modèles d’hier et les précarités d’aujourd’hui aux impasses qui se multiplient, on n’aura pas trop d’un Président qui s’est approprié intimement cette dimension pour réussir la rentrée de la France dans le nouveau monde. La situation du pays ne peut plus s’accommoder de petits pas et de faux-semblant, cédant aux peurs des rentes corporatistes, pour s’imposer dans l’économie circulaire, faire décoller les innovations vertes et coopérer en Afrique et dans le monde aux grands équipements durables. On ne peut pas ne pas prendre ses responsabilités pour mettre à la tête du pays quelqu’un capable d’affronter les enjeux de long terme, d’infléchir l’offre énergétique, de faire entrer le prix du carbone dans la régulation, d’accueillir les nouveaux usages et d’eco-concevoir chez nous les produits d’avenir que la société attend. Parmi les projets mis sur la table, il faut choisir celui qui incarne de façon la plus convaincue cette mutation vers la durabilité et celui qui tiendra bon sur les principes, qui invitera les acteurs à collaborer pour dégager des régulations appropriées ?

Nous vous donnons notre conviction aujourd’hui. Nous aimerions que vous soyiez nombreux à la partager, pour faire de la durabilité un succès français partagé, au moment où nous en avons le plus besoin.

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