Blog de Patrick d'Humières

Le « management responsable » a (un peu ?) progressé en 2016…

20 décembre 2016
Management Responsable RSE

L’éditorialiste des Echos convenait récemment, reprenant son confrère de The Economist, que le management contemporain était bien épuisé et les concepts dépassés. On a souvent dit ici que la vraie innovation managériale substantielle depuis dix ans était la RSE, en sachant qu’elle n’est qu’à ses débuts et que le concept est encore en équilibre instable entre une pression réglementaire de plus (à internationaliser) et une ouverture sociétale qui doit démontrer qu’elle sert le développement de l’activité. Mais si une prise de conscience gagne la communauté économique pour considérer que l’efficience est nécessaire mais pas suffisante pour bien décider dans un monde de risques globaux croissants, n’hésitons pas à parier sur la disruption qui va différencier « les entreprises 21 », celles qui jouent les valeurs nouvelles de la société , de celles qui s’accrochent aux dogmes anciens et aux comportements d’une machine à produire à l’écart de ses parties prenantes…

Premier signal de ce basculement survenu en 2016, le concept de trajectoire, qui va plus loin que la simple transparence ! On ne demande plus aux entreprises si elles sont « responsables » ou non, en égrénant comme un premier communiant la liste de leurs bonnes pratiques ; on leur demande de démontrer qu’elles sont engagées dans une stratégie de réduction de leurs grands impacts dont le risque carbone en priorité. C’est que le Rapport majeur de la task force du Conseil de stabilisation financière vient de proposer concernant l’engagement en faveur des 2°C de l’Accord de Paris sur le climat ; c’est ce que signifie aussi la montée des exigences de vigilance en matière de droits humains, de lutte contre la corruption, de réduction du gaspillage, d’économie circulaire, autant d’objectifs renforcés en 2016, par les lois nationales et les recommandations internationales ; c’est encore plus vrai concernant l’intégration des fameux ODD (objectifs du développement durable des Nations Unies) que les Etats et les entreprises ont largement pris en compte cette année pour structurer leur schéma de durabilité propre, se dotant d’objectifs à long terme, quantifiés.

Deuxième signal fort de 2016 : la RSE, devenue l’outil de la durabilité des firmes et non plus une fin en soi – presque tout le monde l’a compris, enfin ! – remonte au niveau de la gouvernance. Les études, les travaux et les AG le révèlent : les administrateurs se sont emparés du sujet de la durabilité, inspiratrice de nouvelles offres et perçoivent qu’elle dépasse la maîtrise des risques ; cette dimension durable s’ajoute à la dimension digitale et à la dimension générationnelle qui caractérisent l’énorme mutation en cours dans le business mondial. Les directions DD qui ont fait ce qu’elles ont pu jusqu’à maintenant, souvent isolées et audacieuses, le savent : l’arrivée de la gouvernance dans le jeu durable est le meilleur changement qui pouvait leur arriver ; elles devront saisir cette chance pour hisser la dimension stratégique du projet, en faisant évoluer l’offre (sustainable portfolio management) levier de la RSE s’il en est et entraîner tout le management.

Les 3 années à venir, de 2017 à 2020, s’annoncent comme déterminantes dans la mutation du management et devraient voir la durabilité se normaliser, au cœur des politiques d’entreprise, du fait des pressions de marché et des pressions réglementaires conjuguées. Les entreprises n’ont plus à craindre les interventions institutionnelles, la transparence accrue et les acteurs de la société qui la sollicitent sans fin, si elles font preuve d’initiative pour penser leur régulation sectorielle, proposer des cadres expérimentaux et négocier des avancées d’intérêt partagé. Le vrai enseignement de 2016 est la coupure qui se crée clairement entre les entreprises qui veulent assumer cette nouvelle façon de faire de la relation à la société et au monde une dynamique business et qui s’organisent en conséquence et les suiveuses qui s’abritent dans le peloton. Les premières animent des coalitions, investissent des pistes sociétales et vont chercher de nouveaux investisseurs et de nouveaux salariés engagés. Ce seront les gagnantes de l’ère durable qui devra être la nôtre inéluctablement dans la décennie qui vient, tant les « mega-trends » du réchauffement, de l’emploi, de la gestion des ressources, de la demande d’égalité et des besoins publics va peser sur nos sociétés. La fin de l’année peut être l’occasion de méditer sur ces mutations et d’en tirer des raisons de se battre, entre l’agonie d’Alep qui nous renvoie à la barbarie et les innombrables solidarités courageuses, motifs d’espérance.

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