Blog de Patrick d'Humières

Qu’est-ce qui fera que 2017 sera une année réussie ?

3 janvier 2017
happy-2017

Qu’est-ce qui fera que 2017 sera une année réussie ? Pour chacun d’entre nous, d’abord, dont le destin dépend de notre aptitude très personnelle au bonheur, par-delà les circonstances et les hasards de l’existence que nous ne choisissons pas ; mais aussi pour la famille humaine, écartelée entre ceux qui jouissent d’un confort égoïste, ceux qui survivent avec la solidarité de leurs proches et tous ceux qui font tourner courageusement le monde en espérant un progrès matériel meilleur demain qu’aujourd’hui ? Par-delà les défis de fond qui nous dépassent, souhaitons avant tout la réussite de ces petits mouvements d’ailes de papillon dont on ne parle pas, de ces initiatives isolées, parfois admirables, souvent naïves, de femmes et d’hommes modestes, altruistes, sensibles et déterminés, qui refusent le malheur imposé ; 2017 sera meilleure que 2016 si le respect de la liberté de pensée, de décider de sa vie, d’exercer une activité est assurée sous toutes les latitudes, si la sécurité est défendue, si la santé est prise au sérieux, si la vie sociale facilite partout l’éclosion des cultures et de la créativité…

Ce pourrait être le Programme de développement durable d’un pays qui aurait décidé de faire des ODD sa stratégie fondamentale. Mais de pays comme tel, il n’en existe pas (encore) car d’Alep à Caracas, de Bangui à Sanaa, il y a bien des zones massacrées, affamées, contrôlées, empoisonnées et pour le reste ce sont les conflits politiques, le chômage installé, les inconséquences locales et le gaspillage insouciant qui minent l’ambiance du village global. Il faut espérer que les gouvernances de nos sociétés encourageront plus ces petites attentes vitales de tous les jours que les exclusions « au nom de Dieu » dont le bruit de fond remonte de façon angoissante. Réussir 2017 serait voir une conscience publique penser et agir plus dans le sens d’un développement durable des sociétés humaines, loin des pathologies du pouvoir qui répètent une histoire trop connue, alors même que nous ne cessons d’être plus nombreux, différents et exigeants et que la terre se restreint, se réchauffe et nous met au défi. La France saura-t’elle montrer l’exemple en faisant triompher les valeurs collectives du « vivre ensemble », tout en gérant ses enjeux d’efficacité, économiques mais surtout d’intégration des jeunes générations et des populations en difficulté ?

On dira que perdues dans cet océan de situations préoccupantes où il ne fait pas bon être faible, les entreprises n’ont d’autres fonctions que de mener leur vaisseau à bon port et de garantir aux armateurs le retour de cargaisons, quels que soient les soubresauts du monde qu’elles ont domestiqué. Elles peuvent bien conseiller les princes, attacher quelques fils aux détenteurs d’autorité et faire bonne figure avec pas mal de libéralités, le commerce n’est pas la politique et les deux univers continuent de s’utiliser, plus que d’agir ensemble, comme cela a toujours été. Mais parce qu’il faut faire désormais en tenant compte de la démocratie montante, on peut espérer que la communauté économique cessera de considérer que ce qui est bon pour elle reste bon pour le pays, sans penser plus, sans demander mieux ? La question est posée en 2017 dans plusieurs grands pays, comme chez nous : « le business » a-t’il une stratégie pour lui qui soit aussi utile pour la communauté nationale, les deux ne se confondant pas automatiquement, comme tous les non-économistes savent ! En d’autres termes, les entrepreneurs dans leur diversité pensent-ils les stratégies collectives qu’ils portent, uniquement en cohérence avec leurs intérêts ou en ligne également avec une vision citoyenne élargie ? On se gardera ici de porter un jugement simple, au moment où les relations Entreprises versus Etats et Entreprise versus société civile n’ont jamais été aussi déséquilibrées dans l’histoire et aussi concurrentes. Pour autant, dans une économie mondialisée, quoiqu’on veuille, la place prise par les grandes entreprises au cœur de la géopolitique, qui ne se limite plus aux manœuvres pétrolières et à la captation des commandes publiques – voire les GAFA qui sont les premiers bataillons américains dans le monde, dixit leur Président – n’a jamais été aussi cruciale. On se prête à imaginer qu’il ne sera plus possible de vendre au monde et de ne pas penser son devenir en termes de « durabilité », pour son activité comme pour le monde, quand on observe aujourd’hui que la stratégie de nombreux groupes se limite souvent à l’extrapolation de leurs ventes : peu leur importe le climat, les inégalités et les paradis fiscaux !

Le temps de l’entreprise spectatrice de son monde ne peut plus être. Du reste, les suiveurs finissent dans l’antre des leaders qui structurent les marchés. Le temps de « l’entreprise engagée » a commencé et on voit des pionniers de la responsabilité inventer des coalitions, s’associer à des ONG et contracter avec des Etats ou des associations locales pour s’occuper plus que de leurs clients, de ceux qui ne le sont pas encore ou qui ne peuvent pas l’être et qui sont « au bas de la pyramide ». Ces « entreprises engagées » -les E²- font souvent des choix de modèles audacieux, plus « durables », c’est-à-dire « planeto-compatibles ». Cela passe souvent par des stratégies-pays très intégrées, où chaque filiale implantée joue le jeu de la société où elle prospère et ne la considère plus comme un comptoir colonial à exploiter …Les chefs d’entreprise, les investisseurs, les administrateurs ont désormais une responsabilité politique originale qui est de s’assurer de la durabilité de leur projet. Il paraît qu’en 2017 la mondialisation a du plomb dans l’aile ! C’est parce que « ces entreprises engagées », capables de penser leur stratégie dans l’intérêt du monde et de ses modestes habitants, ne sont pas assez nombreuses et assez influentes. Puissent-elles grandir et s’imposer plus en 2017.

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