Blog de Patrick d'Humières

Pour une union nationale en faveur d’un modèle économique durable …

3 avril 2017
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Les élèves des business-schools « sont déboussolés car ils ont un temps d’avance sur leur école, tant dans la prise en compte des enjeux de la mutation globale que dans la maîtrise des techniques digitales ». Celui qui écrit cela est le directeur général de l’Edhec Business school, Olivier Oger, qui ajoute : « il est aussi essentiel de développer auprès de nos étudiants la notion de justice sociale, car aucune innovation ne génère de croissance durable, si elle ne véhicule pas une vision claire, ambitieuse, exigeante, de la responsabilité sociale de l’entrepreneur et du manageur ». Cette invitation à repenser le modèle de formation des dirigeants est exprimée par un de ses meilleurs experts. Il rejoint sur cette ligne Frederic Mion, Directeur de Sciences-Po Paris qui a tenu à inclure dans la pédagogie de la nouvelle Ecole de Management et d’innovation la dimension RSE, susceptible d’apprendre aux futurs chefs d’entreprise à bien collaborer avec la gouvernance publique.

Un consensus français sur l’intérêt de la RSE pour ressourcer notre façon de « faire du business » serait-il en train de voir le jour ?

On peut le penser, au vu de deux études majeures qui viennent d’être publiées. La première est l’observatoire Ecovadis qui offre la comparaison mondiale la plus large sur les pratiques RSE. Il en ressort une position de l’industrie française à un rang très élevé et en progrès constant : « les entreprises françaises conservent une position de leader en termes de RSE et se classent devant les les BRICS et dans l’OCDE sur les thèmes environnementaux et sociaux. Sur les enjeux de corruption et de pratiques anticoncurrentielles les entreprises françaises restent derrière les entreprises situées dans les autres pays de l’OCDE même si cet écart tend à se réduire par rapport à l’observation faite en 2015 », explique Sylvain Guyoton, au nom de la plateforme mondiale Ecovadis.

Cette mesure encourageante est confirmée par une étude qualitative conduite avec l’ESCP Europe et publiée chez Odile Jacob par Ezra Suleiman, avec Frank Bournois et Yasmina Jaïdi, sous le titre « la prouesse française ».

L’enquête conduite auprès d’un large panel de cadres internationaux apporte deux grandes leçons :

• Le management actuel des grands groupes rend obsolète les clichés sur un management traditionnel, autoritaire et fermé, peu rigoureux, qui ternissait notre réputation. L’analyse montre « des managers français avec de fortes valeurs éthiques ; ils ont le sens de la diplomatie, sont soucieux de la qualité…tout en étant très tournés vers la performance… et adaptés à la génération Y » !

• Mais les managers français sont encore considérés comme individualistes : il leur manque une capacité à faire confiance ; s’il est inspirant, le manager joue insuffisamment un rôle d’intégrateur des membres de son équipe…

« Faire pleinement confiance est l’urgente révolution du management français », écrit en synthèse le professeur de Princeton qui précise son analyse en reconnaissant que « les entreprises françaises ont su se transformer, qu’elles placent bien l’humain au centre de leurs préoccupations, ce qui relève d’une ambition plus générale de la France au-delà de ses entreprises. Les grandes entreprises françaises ne se contentent pas de produire des biens ou des services. Elles sont aussi porteuses de sens et de vision. Elles intègrent leur action dans un cadre plus large où prime la recherche de sens. »

Il y a donc bien une différence française qui se fait jour, sur laquelle nous devrions capitaliser au sens propre : une préoccupation à relier l’entreprise au monde. Ce point fort nous appartient, au regard d’autres modèles économiques qui restent profondément mercantiles et qui déçoivent leurs parties prenantes.

Nous pourrions tirer avantage de ces progrès accomplis en se persuadant des trois idées suivantes :

Poussons l’exigence de qualité environnementale, sociale mais aussi éthique et de bonne gouvernance plus loin encore car le management à la française ne pourra faire face aux machines des Brics et de ses grands concurrents, s’il n’est pas plus exemplaire sur le plan durable et RSE. Nos entreprises sont aptes à concilier performance et durabilité.

• Prolongeons nos atouts reconnus par une action diplomatique et internationale, pour entraîner l’UE, l’OCDE, l’OMC dans une inclusion plus volontariste de la RSE ; on ne doit pas faire reposer sur les seules entreprises françaises l’expérimentation et l’engagement.

• Associons à cette dynamique managériale les partenaires des entreprises, des associations aux syndicats et aux acteurs publics parce qu’ils sont complémentaires et indispensables à ces progrès de fond. La négociation RSE engagée par la CPME avec les syndicats mérite de réussir à cet effet. Ce qui ne peut qu’intéresser les acteurs réformistes qui ont le vent en poupe.

Contrairement à une société politique qui se fragmente – en attendant de se réinventer – la société économique française poursuit sur la voie volontariste de la COP 21 en appréhendant les défis de compétition internationaux avec une attention au monde renforcée, qui peut lui rapporter beaucoup. Il faut saluer, encourager, faciliter ce cycle responsable qui est la matrice de progrès d’une compétitivité et d’une attractivité derrière laquelle nous courrons depuis longtemps. Si le coût de l’énergie, la culture d’ingénieurs et la fidélité de nos cadres ne sont plus nos seuls atouts, nous pouvons puiser dans l’innovation écologique, le contrat social et l’engagement sociétal d’autres forces puissantes pour dégager de la productivité et de l’originalité qui nous assureront un destin dans le monde qui vient où ces qualités vont faire la différence, à n’en pas douter.

NB. Ces questions seront traitées lors du colloque Viavoice du 18 avril à l’OCDE – pour y participer cliquez ici

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