Blog de Patrick d'Humières

Et si le renouveau de la démocratie française se jouait (aussi) dans celui de l’entreprise …

9 mai 2017
le renouveau de la démocratie française

Notre pays vient de vivre un moment historique dans son histoire démocratique en confiant les cinq prochaines années de son destin à un jeune président audacieux, mandaté pour résoudre trois défis fondamentaux :

– Reconstruire une stratégie européenne populaire et efficace avec l’Allemagne

– Rebâtir avec les acteurs sociaux une dynamique entrepreneuriale productrice d’emplois compétitifs

– Refonder la confiance démocratique en ramenant deux tiers de nos compatriotes désabusés
du vote extrême vers des alliances raisonnées

Le nouveau chef de l’Etat aura besoin du plus grand nombre d’élus, de représentants professionnels et de citoyens engagés possible, pour « jouer le jeu » d’une dynamique constructive qui n’est pas sans rappeler le tournant de 1958 ; la France est à la fin d’un cycle institutionnel ; elle doit aborder celui qui s’ouvre avec toutes les bonnes volontés pour compter dans le monde au meilleur niveau, qu’il s’agisse de l’école, de la gestion publique, de la vie agricole et de l’entreprise, pour ne plus laisser personne au bord du chemin.

De fait, l’entreprise française, sera particulièrement sollicitée dans ce quinquennat, pour prendre plus que sa part de la modernisation à réussir, à plusieurs niveaux. Il lui faut normaliser le contrat social en tirant parti des accords d’entreprise qui seront privilégiés, tout en faisant confiance à un syndicalisme réformiste capable d’accompagner l’économie concurrentielle. Il lui faut aussi faire du modèle durable le cadre de son projet, par l’économie circulaire, la décarbonation, la correction des impacts environnementaux, et l’engagement collectif des secteurs. Il lui faut enfin associer ses salariés mais aussi toutes ses parties prenantes, dans la réflexion amont et dans la démarche entrepreneuriale, pour gagner en productivité et créativité, transformer ses fournisseurs en partenaires et en finir avec les variables d’ajustements aveugles. Les critiques qui fusent dans les Assemblées générales contre les rémunérations ou les résolutions opaques commencent à fragiliser l’affectio societatis. Certes, « l’entreprise engagée » n’est pas vraiment dans la tradition française ; on se souvient que le patronat avait refusé le double projet d’Antoine Riboud dont Danone a su démontrer l’exemplarité depuis. Pour autant, la bonne performance RSE de nos entreprises, l’appropriation croissante par la gouvernance des enjeux de durabilité planétaires, la mobilisation des dirigeants pour remonter la qualification des salariés, réaliser la parité, installer partout la digitalisation et s’ouvrir aux initiatives disruptives avec la dynamique start-up, sont des signaux positifs sur le front de la compétitivité où rien ne nous empêche plus de gagner que nous-mêmes.

L’inflexion de l’épargne vers l’investissement industriel, l’harmonisation européenne des taux de charge et l’homogénéisation des exigences de transparence sont des orientations publiques attendues par les entrepreneurs ; à eux aussi de repenser le management à la française, encore trop administratif et clanique. Rompre avec un capitalisme cynique et faire sa place à « une économie sociale de marché responsable », se joue en France mais surtout à Bruxelles et à l’OMC où notre diplomatie économique devra dégager des accords de progrès gagnant-gagnant, entre régions développées et avec les émergents trop peu soucieux de « civiliser la mondialisation ». A nous de poser cet enjeu d’une façon qui ne soit pas défensive mais qui fasse reconnaître des bases universelles, s’agissant des droits humains et sociaux à respecter, des principes environnementaux à appliquer, autour d’un droit international des firmes exportatrices qui ne peut souffrir des dumpings nuisibles à tous.

La mondialisation aura été, directement et indirectement au cœur de la campagne présidentielle ; les ouvriers la voient en ennemi ; les agriculteurs et les inactifs la croient plus forte que notre Etat. Cette angoisse s’amplifie depuis trois décennies au moins sans qu’on ait apporté les bonnes réponses qui nécessitent le courage d’expliquer, le temps de faire et l’audace de se remettre en cause. Mais quand on n’a plus le temps, il faut que les acteurs s’entendent, des pouvoirs publics aux conseils d’administration, des salariés aux managers, pour privilégier le financement de l’innovation, les formations de haut niveau et la solidarité à l’égard de ceux qu’on ne doit pas laisser de côté avec toutes les bonnes raisons rationnelles qu’on peut trouver. La mondialisation renvoi à un modèle de croissance inclusive ou bien elle se destine elle-même à faire imploser la société. Tel est largement le défi des cinq ans qui viennent à l’égard des jeunes et des couches populaires qui ne doivent plus être les perdants de la compétition à livrer. Les raisons d’aider Emmanuel Macron à gagner cette bataille de France sont suffisamment graves pour qu’on s’engage en ce sens. Avec le cœur ou la raison, mais avec le sens de notre intérêt national par-dessus tout. Et l’entreprise est le terrain de jeu principal.

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