Blog de Patrick d'Humières

La France en quête d’un nouveau pacte social

29 mai 2017
La France en quête d’un nouveau pacte social

Le big bang politique des présidentielles va- t’il trouver une traduction sociale ?

Les français sont désormais dans l’attente d’un équilibre « social-libéral » dynamique, qui substitue à la loi uniforme inappropriée le contrat juste entre les parties, moyen moderne pour que l’entreprise et le salarié se refassent confiance.

L’opinion a opté pour une conciliation entre une économie de marché créatrice d’emplois et de revenus associée « en même temps » à  une protection des personnes plus respectueuse de la solidarité minimum et de la reconnaissance du mérite ; cet équilibre n’arrivait pas à émerger depuis trente ans, sous l’effet d’idéologies, de crises et d’une gouvernance publique déboussolée, entre la rigueur demandée par l’europe et la facilité dépensière comme seule réponse à la concurrence mondiale. Deux phénomènes récents font espérer que l’adaptation soit réussie. Il y a avant tout l’ascendant pris par la CFDT en faveur d’une logique réformiste qui sait que la réalité économique n’est pas celle qu’on aimerait mais que les petits pas équitables sur le terrain peuvent la rendre plus acceptable. L’autre tendance de fond est la mutation entrepreneuriale qui veut que l’entreprise attractive, pour l’innovation et les talents, doit se gérer de façon directe, juste et efficace entre les acteurs concernés. Le pari est de garder à la loi sa fonction d’orientation et de lâcher aux acteurs, et aux juges, la fonction d’adaptation,  sur des bases « justes ». C’est à ce prix qu’on deviendra un pays « moderne », c’est-à-dire une société qui mise sur le contrat transparent « donnant donnant » et non plus sur l’abus du système pour régler des rapports sociaux et managériaux qu’on en finit plus de critiquer parce qu’ils sont déséquilibrés.

A partir de là, la dimension sociale de la RSE pourra devenir le champ d’initiative et de créativité qui avait largement disparu jusqu’ici. La CPME a ouvert une brèche en négociant avec les partenaires sociaux un agenda RSE qui conduit les entreprises à s’engager en contrepartie d’un pré-supposé de confiance et d’allègements de contraintes que lui accorderaient les autres acteurs. L’esprit du deal est le bon. Mais on attend cette relance du pacte social dans 3 domaines concrets bien identifiés ou efficacité et confiance sociale peuvent se rejoindre dans l’intérêt de tous. Le premier est la concentration des politiques de formation au service de l’adaptation économique, pour ne laisser aucun salarié sans capacité de réaction au changement. Le second est l’adaptation de l’organisation aux attentes des femmes salariées dont la contribution évidente mérite qu’on leur facilite la conciliation entre carrière et vie familiale, qui n’est plus une option. Le troisième champ d’action du pacte social est la refondation de l’autonomie des cadres et des employés, pour qu’elle soit réelle et source d’invention, au service de projets, d’expériences, d’ambitions à encourager.

On est au tout début de l’ère nouvelle d’un management qui ne repose plus sur la subordination méfiante mais sur la délégation de projet à des salariés de plus en plus qualifiés et soucieux de résultats. Ce management responsable – promu par la communauté MR 21 (MR21.org) – se nourrit de l’écoute de la société civile et des parties prenantes, qu’il ne méprise plus, considérant que la satisfaction réelle des consommateurs, des fournisseurs, des populations locales sont des facteurs de résilience et d’innovation à encourager. L’entreprise qui sort de son bunker technique pour « être en société » est plus forte.

Certes, la nouvelle « flexi-sécurité » – « octroyée au patronat » diront certains – ne passera bien que si cette culture de responsabilité interne s’améliore et si les investissements facilités remettent dans le circuit des populations découragées ou exclues du jeu économique pour toutes les raisons qu’on connaît, liées à l’exigence de performance de la compétition actuelle. Il ne faudra donc pas mesurer seulement l’effet attendu du nouveau code du travail par la baisse du taux global de chômage mais tout autant à travers la capacité de ré-intégration des catégories en marge du système pour lesquelles il faut inventer des réponses utiles à tous et sources de services multiples. Bref, on a fait jusqu’ici de la gestion d’effectifs à outrance dans les RH ; il faut désormais faire de la vraie politique de l’emploi, à moyen et long terme : étudier les besoins insatisfaits, ouvrir des chantiers inventifs, collaborer avec les acteurs locaux, privilégier le premier emploi et valoriser les nouveaux savoirs professionnels, dans un cadre contractuel qui ne vise pas qu’à payer le moins de charges au plus petit nombre de salariés, mais bien à rehausser les potentialités de création et à anticiper les évolutions indispensables de personnes prêtes à s’engager. La responsabilité sociale est l’avenir de l’entreprise si elle mise sur ses talents et leur lien avec le marché pour créer de la valeur partagée. Il est temps de redonner sa dynamique sociale à la RSE.

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